Françoise Vienne - CGSP


Etre délégué(e) au quotidien ... une nouvelle rubrique sur notre site. Aujourd’hui, nous vous présentons Françoise Vienne, déléguée CGSP à la maison de Justice d’Arlon.

La Ministre de la Justice Annemie Turtelboom fonce droit dans le mur. Une manifestation nationale en front commun avec des Maisons de Justice a été organisée au pied levé le 11 juin à Liège et une autre le 21 juin à Bruxelles avec la participation du personnel des services psychosociaux des établissements pénitentiaires. Le mécontentement est particulièrement grand au sein du département de la Justice et des Maisons de Justice dont la Ministre veut réduire les effectifs du personnel alors que leurs missions et leur charge de travail augmentent sans cesse. Pour éclairer ces problématiques, nous avons rencontré Françoise Vienne, déléguée CGSP à la maison de Justice d’Arlon.

-  Françoise, peux-tu nous expliquer ton parcours syndical ?

Bonjour, je suis affiliée à la FGTB depuis … toujours. Je suis assistante administrative à la Maison de Justice d’Arlon et je gère de manière autonome le secrétariat de la commission de probation. Je suis déléguée CGSP Amio depuis presque un an. Notre secteur est particulièrement chahuté depuis plusieurs mois, on peut donc dire que je suis arrivée en pleine tourmente ! Heureusement, je suis bien écolée par Josée Baldo qui a une longue expérience en tant que déléguée et qui va bientôt partir en retraite. Je peux aussi compter sur la CGSP Arlon qui est toujours là en cas de besoin.

-  Peux-tu nous dire en quelques mots ce qu’est une Maison de la Justice et en quoi consiste ton travail ?

Nous sommes un service ‘extérieur’ à la justice, situé à la fois près de la gare d’Arlon et au Palais de Justice. 15 personnes travaillent au sein de notre équipe. Nos missions sont variées, mais nous sommes principalement mandatés pour veiller au respect des conditions de libérations anticipées, sursis, libérations conditionnelles, peines de travail et surveillances électroniques. Nous nous chargeons également d’accueil aux victimes et de médiation pénale. Enfin, nous avons aussi pour mission d’effectuer des enquêtes auprès des familles en vue de la garde des enfants en cas de divorces problématiques.

-  Quelles sont les conséquences sur le terrain des décisions prises par Madame Turtelboom et son cabinet ?

Au niveau Fédéral, avec le personnel actuel, les Maisons de Justice ont déjà 5.000 mandats (dossiers) en attente de pouvoir être désignés faute de moyens. Et la Ministre décide le non renouvellement des agents contractuels. En clair, cela signifie que sur Arlon nous risquons de perdre trois équivalents temps plein dans un avenir assez proche. On peut tout de suite se rendre compte du bouleversement que cela représente pour une équipe de 15 personnes. Vous savez, nous sommes dans un secteur social où les fonctionnaires croient en ce qu’ils font. Mais nous imposer de faire toujours plus avec toujours moins de moyens va nous conduire à une inévitable perte de qualité de notre travail, alors que notre mission principale est l’évitement de la récidive. De manière ponctuelle nos missions sont fortement médiatisées, par exemple lors de l’horrible fusillade à Liège, où l’auteur était en libération conditionnelle. Ne pas nous donner les moyens de faire convenablement notre travail risque d’augmenter la probabilité que de tels drames se reproduisent et participe au sentiment d’insécurité que peuvent ressentir les citoyens.

-  Tu es déléguée syndicale depuis presque un an, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton action ?

Au quotidien mon mandat exige d’être bien informée et de donner de bonnes informations. Je lis la presse, je regarde les infos. C’est un véritable travail. Je réponds aussi aux activités organisées par la CGSP et par la régionale de la FGTB (réunions de comité technique des Maisons de Justice, formations sectorielles et interprofessionnelles, Solidary Day, barbecue de la régionale …). C’est parfois ardu et parfois festif mais cela permet d’apprendre beaucoup et de rencontrer d’autres délégués. En parlant ainsi avec des personnes d’autres régions et d’autres domaines je me rends compte que ce qui est à l’œuvre dans le secteur de la justice l’est aussi dans d’autres secteurs. Le service public en général est mis à rude épreuve.

D’autre part il faut aussi savoir agir rapidement quand l’actualité l’exige : je participe à des manifestations, à des réunions de concertation sociale, j’interpelle Marie-Claire Holsbeke (Secrétaire Régionale Amio) afin d’évaluer la situation précaire de certains collègues … bref, ce n’est pas le travail qui manque !

-  Comment vois-tu la rentrée dans votre secteur ?

Chahutée ! On ressent clairement le démantèlement de la Fonction Publique en faveur du secteur privé uniquement par soucis de rigueur budgétaire et au détriment du citoyen. Nous travaillons quotidiennement avec des personnes ayant été condamnées, parfois pour des faits graves. Ce qui n’enlève en rien notre soucis de faire notre travail humainement, d’avoir une approche sociale. Nous constatons que les moyens humains sont progressivement remplacés par la technologie (GPS pour la surveillance électronique sans guidance social par exemple) mais dans notre secteur cela semble peu convainquant. Nous nous inquiétons des conséquences des transferts de compétences, de la restructuration des arrondissements judiciaires … et de toute une série de points plus techniques que je ne vais pas exposer ici. En bref nous ressentons une véritable incertitude pour notre avenir professionnel, mais nous n’allons pas baisser les bras. Des actions, des assemblées générales sont déjà en préparation pour la rentrée qui sera, je le répète, chahutée !

Pour en savoir plus sur la CGSP Amio cliquez pour vous rendre sur leur site.

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